LE PROCÈS PÉTAIN
par Frère Thomas
[ Source:
http://www.generalhering.org/index.php/La-defense-du-Marechal-Petain/LE-PROCES-PETAIN-Frere-THOMAS.html
(as of April 16, 2011); cf. Website général Héring ]
N.B. Diese Zusammenfassung des Prozesses von Maréchal Pétain und die Schilderung der anschliessenden Gefangenschaft des Marschalls bis zu dessen Tod stammt von einem "Frère Thomas" und ist auf einer Website zu lesen, welche Général Héring gewidmet ist. Héring trat auch im Pétain-Prozess als Entlastungszeuge auf und empfand, ebenso wie der Verfasser "Frère Thomas", die Verurteilung Pétains als ungerecht. Es handelt sich also um eine deutliche Parteinahme im Sinne der "Freunde Marschall Pétains", die sich bemühen, Pétain zu entlasten und in ihm immer noch den grossen Patrioten sehen möchten, der seine Person für Frankreich geopfert hat. [Anmerkung FOSCUBE]
Le procès inique
L’accusation de trahison
Dès que le
Maréchal apprit qu’il serait jugé par contumace par la haute cour de
justice instituée par le général de Gaulle, il demanda à revenir en
France « pour défendre, dit-il, mon honneur de chef et protéger par ma
présence tous ceux qui m’ont suivi ». De Gaulle chercha à éviter ce
retour importun. Mais, le 26 avril 1945, le Maréchal se présentait à la
frontière française.
Ce fut le début
d’un long calvaire. Les avanies qu’il eut à subir font penser à celles
de la famille royale au retour de Varennes en 1791, comme l’arrêt du
train spécial en gare de Pontarlier par des émeutiers vociférant : «
Pétain au poteau ! Fusillez le vieux traître ! » et jetant des pierres
sur le wagon. Depuis des mois, l’opinion publique était travaillée en
ce sens. En septembre 1944, les sondages révélaient que 3 % seulement
des Français prônaient la peine capitale, mais ils étaient 21 % quatre
mois plus tard et 44 % en mai 1945. À cette date, 16 % des sondés
estimaient qu’aucune peine ne devait être infligée au Maréchal, ils
étaient 64 % sept mois plus tôt.
Le Maréchal
arriva le 27 avril au fort de Montrouge, où l’attendait Simon,
résistant médaillé, qui devait être son geôlier. Simon... Comme le
bourreau du jeune roi Louis XVII enfermé au Temple. Le lendemain, un
huissier vint notifier au prisonnier l’acte d’accusation, rédigé par le
procureur général Mornet et signé du 23 avril. C’était un long texte
invraisemblable où il était accusé de « trahison », de « complot contre
la sûreté de l’État », et d’« intelligence avec l’ennemi » !
Un complot ? Oui
! un complot contre la République, que le Maréchal aurait ourdi de
longue date, de connivence avec Hitler et Franco, et qu’il aurait
accompli en prenant le pouvoir à la faveur de la défaite et de
l’armistice, avec pour conséquence la collaboration avec ses anciens
complices. « Le complot, l’armistice, l’attentat contre la République,
la collaboration, écrit maître Varaut, sont les quatre chefs
d’accusation, dont les trois derniers se déduisent du premier : le
crime d’intelligence avec Hitler, et dont les éléments constitutifs
sont réunis avant la guerre. » (Le procès Pétain, Perrin, 1995, p. 20)
Rien de moins !
Le Maréchal fut
invité à choisir ses défenseurs. Il accepta plus qu’il ne choisit le
bâtonnier Payen, spécialiste du droit civil, qui venait de publier une
“ Plaidoirie pour les Français ”, vibrant appel en faveur de leur
réconciliation. Payen, à son tour, fit appel pour l’assister à deux
jeunes avocats talentueux : Jacques Isorni, qui s’était fait remarqué
pour sa plaidoirie en faveur de Brasillach, et Jean Lemaire.
Avant même que
les avocats aient pu commencer à remplir leur fonction, les séances
d’interrogatoire commencèrent en vue de l’instruction. Celle-ci était
menée par le juge Bouchardon, qui avait à se faire pardonner un article
contre la République et les juifs dans Je suis partout, le journal
collaborateur de Paris ! Il bâcla l’instruction en huit séances
seulement, alors que plusieurs dizaines auraient été nécessaires, mais
il fallait faire vite : le procès devait se tenir durant l’été. Le
Maréchal fut visiblement pris de court et gêné par les questions
insidieuses et partiales de Bouchardon. Les avocats, présents à partir
de la deuxième séance, résolurent de parler à sa place lors du procès.
Une défense divisée
On peut
regretter cette façon de procéder, quand on lit les notes manuscrites
du Maréchal sur tel ou tel point de sa politique ou de sa diplomatie,
rédigés au moment de l’instruction et qui sont d’une clarté
remarquable. Les avocats étant libres d’élaborer chacun leur système de
défense, le bâtonnier Payen décida qu’il plaiderait “ gâteux ”,
c’est-à-dire que le Maréchal n’était plus, déjà à Vichy, en possession
de toutes ses facultés intellectuelles et qu’il fallait rejeter la
responsabilité des actes répréhensibles de son gouvernement sur le
président Laval. Isorni protesta, avec raison, et en cachette de Payen,
mit au point avec le Maréchal une autre tactique, plus offensive. Il
s’ensuivit entre le vieil homme et le jeune avocat une complicité,
bienfaisante pour le Maréchal et... valorisante pour Isorni.
« Mais que faut-il faire ? demandait le Maréchal.
– Restez
vous-même, redevenez vous-même. Vous êtes maréchal de France, chef de
l’État. Vous ne devez accepter aucune atteinte à votre dignité.
Avez-vous oublié ce que fut Jeanne à son procès, Louis XVI à son procès
? Des millions de Français pensent à vous. Pour eux, vous représentez
un symbole, vous êtes un idéal. Des hommes sont exécutés pour vous
avoir suivi, d’autres sont emprisonnés. Leurs yeux sont tournés vers
Montrouge. »
Isorni avait
raison, mais il se comportera par la suite comme s’il avait révélé le
Maréchal à lui-même, en lui rendant le sentiment de sa dignité, de sa
souveraineté. Souverain, le Maréchal l’était par tout son être et sa
vie, il n’avait pas besoin d’Isorni pour cela ! Il fut donc entendu que
le silence serait pour lui une manière de récuser ses juges. Isorni
composa une ébauche de déclaration, que le Maréchal reprit, rabotant le
texte initial dans le sens de la clarté et de la brièveté (cf. Il est
ressuscité n° 37, août 2005, p. 27-34).
Le 21 juillet,
veille de son transfert à Paris, le chanoine Potevin, envoyé
spécialement par l’archevêque de Paris, confessa et communia le
Maréchal :
« Pardonnez-vous à vos ennemis ?
– Oui, et de
tout cœur. Un jour, j’ai fait à la France le don de ma personne. Je ne
retire pas ce don. Mais aujourd’hui je dis : Je fais le don de ma
personne à la France et à Dieu. »
Le Maréchal déclare tout assumer
Le 23 juillet, à
13 heures, s’ouvre le procès devant la première Chambre de la cour
d’appel du Palais de Justice de Paris. La salle est comble, la chaleur
accablante. Le procureur général Mornet fait son entrée. Il a annoncé
d’avance qu’il requerrait la peine capitale. Quant au président
Mongibeaux, il a déclaré que « Pétain, pour satisfaire ses ambitions
personnelles et ses visées politiques, s’est vautré dans l’abjection
jusqu’à la trahison ». Il prend place, entouré de ses deux assesseurs,
et prononce les trois mots par lesquels s’ouvre tout procès criminel :
« Faites entrer l’accusé. » Celui-ci apparaît dans l’embrasure de la
petite porte de droite. Il est en uniforme ; d’une main ferme il tient
son képi à feuilles de chêne d’or, avec lequel il salue à la ronde.
Toute la salle se lève comme d’un seul mouvement, même les opposants,
et ils sont la majorité. « Ce fut un choc magnétique », avouera un
témoin.
Après les
présentations d’usage, les avocats de la défense déposent des
conclusions sur l’incompétence de la Haute Cour. En vain. Cette Cour a
été créée, leur est‑il répondu, pour juger des actes du gouvernement de
Vichy, donc elle doit juger. Quoi de plus conforme à la tradition de la
justice révolutionnaire ! Me Lemaire fait remarquer que les magistrats
présents ont prêté serment de fidélité à celui qui paraît aujourd’hui
en accusé.
Le Maréchal lit ensuite sa déclaration :
« Je vous le dis
à la face du monde, vous condamneriez un innocent en croyant parler au
nom de la Justice, et c’est un innocent qui en porterait le poids, car
un maréchal de France ne demande grâce à personne. À votre jugement
répondront celui de Dieu et celui de la postérité. Ils suffiront à ma
conscience et à ma mémoire. »
Il prend tout sous sa responsabilité, et annonce :
« Je ne ferai
pas d’autre déclaration, je ne répondrai à aucune question. Mes
défenseurs ont reçu de moi la mission de répondre à des accusations qui
veulent me salir et n’atteignent que ceux qui les profèrent... » Par
là, il récuse d’avance tous les faux témoins qui se préparent à
l’accabler.
Témoins pour eux-mêmes
Le président
Mongibeaux prend son parti du silence annoncé, et appelle le premier
témoin à charge : Paul Reynaud, président du Conseil pendant la débâcle
de 1940. Par quel privilège ce petit homme sec, nerveux et offensif,
a-t-il eu accès à certaines pièces de l’instruction ? On ne sait.
Toujours est-il qu’il est très sûr de lui, trop... au point
d’indisposer. Son témoignage est ressenti par tous comme une plaidoirie
de partie civile doublant le travail du procureur. Sans un regard pour
l’accusé, assis pourtant à deux mètres de lui ! il s’emploie à
démontrer que Pétain a usurpé sa gloire militaire, qu’il n’était en
14-18 qu’un général pusillanime, aux vues courtes et bornées. Pétain,
vainqueur de Verdun ? Allons donc, c’est une légende.
Pourquoi donc
a-t-il fait appel au Maréchal en mai 40 ? C’est la seule « erreur »,
semble-t-il, qu’il se reconnaisse : « J’ai cru au patriotisme du
maréchal Pétain et du général Weygand. » Rien de moins ! L’audition de
Reynaud se poursuit le lendemain. Il est trop visible qu’en
comparaissant à la barre, il prépare sa rentrée sur la scène politique.
Dans quelques mois, il se présentera aux élections législatives. Et
voici que le petit homme, – « petit en tout », dira le Maréchal –, mais
qui a la hantise de se grandir, se redresse au terme de cinq heures de
faux témoignage pour lancer :
« Le spectacle
qu’il nous a donné quand il a été au pouvoir a été celui d’un homme
qui, ayant une première fois manqué à l’honneur, ne peut plus jamais se
redresser, à qui on peut tout imposer et que nous avons vu descendre,
courbé, marche à marche aux applaudissements de la presse allemande,
l’escalier du déshonneur. » Suit un contre-interrogatoire mené par la
défense, qui met l’ancien président du Conseil sur le gril. Juges et
jurés s’offusquent alors de ce que les avocats du Maréchal fassent le
procès d’un témoin.
Vient ensuite
Édouard Daladier, qui, sous des dehors corrects, tente d’étayer la
thèse du complot contre la République. Il prétend que la France était
de taille à affronter son adversaire ; que nous avions pour cela tout
le matériel nécessaire. Hé ! bien sûr, puisque c’est lui qui, ministre
de la Guerre depuis 1936, a présidé le Conseil pendant la drôle de
guerre. Encore un plaidoyer pro domo. Il cherche lui aussi une tribune
pour relancer sa carrière politique, et concède, en vertu d’un accord
secret avec les avocats de la défense (! ?) que le Maréchal n’a pas «
trahi son pays », mais « les devoirs de sa charge ». Ce mot s’enfonce
comme un dard dans la conscience délicate du Maréchal.
Puis c’est au
tour d’Albert Lebrun. Ses yeux se brouillent et ses mains tremblent. Il
s’est consolé de la servitude de la France, dit-il, en contemplant la
statue de la Liberté sur la place de son petit village de Vizille. Mais
que peut-il ajouter, puisque, pendant les événements, il n’a été, écrit
Varaut, que « l’ordonnateur débordé des cérémonies ministérielles ».
Tout de même, il précise, à propos de l’accord du 28 mars qui nous
liait à l’Angleterre : « Du moment que les Anglais quittaient le combat
commun, nous n’étions plus tenus » par cet accord. Bravo ! enfin une
vérité. Mais le malheureux ne s’aperçoit pas qu’il ruine ainsi la thèse
de Reynaud et de De Gaulle, et qu’il justifie, au moins moralement,
l’armistice. Le front de l’accusation s’effrite sous les faux
témoignages de ces sépulcres blanchis de la troisième République que le
peuple conspuait en juin 40, et désignait comme vrais responsables de
la défaite.
« Un mystère que je ne comprends pas. »
Quand le
quatrième témoin monte à la barre, on commence à trouver le temps long
dans le prétoire, car c’est toujours les mêmes événements que chacun
vient raconter à sa façon, toujours dans le même sens. Léon Blum ne
craint pas d’accabler le Maréchal, tout en se faisant fort d’ “
expliquer ” sa trahison. Car il a trahi la République, sous la pression
des bandes de Doriot à Vichy, des soldats de Weygand à Clermont-Ferrand
et des Allemands qui étaient partout. Quand il évoque le vote des
pleins pouvoirs, l’ancien chef du Front populaire parle « d’énorme et
atroce abus de confiance moral », ce qui équivaut pour lui à une
trahison. À ce mot d’ “ abus de confiance ”, le Maréchal, qui écoute
avec attention, rougit d’indignation contenue.
Mais Blum fait
une gaffe qui provoque un incident de séance. Il met en cause les
magistrats de la Cour de Riom, créée en 1940 pour juger des
responsabilités de la défaite. Le président Caous, qui en a dirigé les
débats, demande alors à être entendu, et il démontre qu’en cette
circonstance délicate, les magistrats français ont agi en toute
liberté, avec l’accord tacite du Maréchal. Puis il se tourne vers le
procureur général pour lui rappeler que lui-même a accepté d’en faire
partie, et comme l’autre proteste que cela l’aurait mené tôt ou tard en
camp de concentration, Caous lui rétorque : « Vous n’auriez fait ni
plus ni mieux que nous, monsieur le procureur général. »
Retenons aussi
cet aveu de Blum, en réponse à une question sur les rapports qui
unissaient Laval et Pétain. « Léon Blum se refusa à un parallèle
académique entre l’ancien ministre et le Maréchal : “ Je connais Laval.
” Il entendait par là, je pense, qu’il n’était pas besoin d’être un
grand psychologue pour comprendre et définir Laval. Puis, d’une voix
presque inquiète : “ Je ne connais pas le Maréchal. ” Ce fut un grand
silence dans la salle. “ Le Maréchal, continua-t-il, est un mystère que
je ne comprends pas. On vit alors le Maréchal dresser la tête. Je ne
puis saisir les vrais mobiles de ses actes : ambition, mobiles
personnels, desseins depuis longtemps prémédités ou soudain conçus dans
le désastre de la patrie ?... ” Alors le Maréchal, le Maréchal du
silence et de l’immobilité, le bras collé au corps, fit de l’index un
geste de dénégation. » (Léon Werth, Impressions d’audience au procès
Pétain, 1995)
Le même Léon
Blum tiendra, quelques mois plus tard, au cours d’un dîner à
l’ambassade de France au Canada, un propos d’une clarté solaire
rapporté par Paul Del Perugia, alors secrétaire dans cette ambassade :
« Il n’y aurait rien eu à reprocher au Maréchal, s’il n’avait pas
attenté, comme il l’a fait, au laïcisme républicain, notamment en
redonnant au clergé une place qu’il n’avait plus, et surtout en
bouleversant les lois républicaines concernant l’enseignement, et plus
précisément l’enseignement primaire. »
Des témoins discrédités
L’accusation
sombre dans le grotesque, lors des deux déclarations ayant trait au
prétendu “ complot ” du Maréchal. Un dénommé Paul Wincler dit qu’on lui
a dit qu’on avait entendu dire que le Maréchal aurait déclaré à
Hendaye, en novembre 1939 : « Attendez au printemps prochain, nous
aussi nous aurons notre révolution nationale et alors, tout changera. »
Lemaire ne se contente pas de relever la faiblesse du témoignage, il
fait remarquer que le “ témoin ” a servi durant la Grande Guerre...
dans l’armée autrichienne : « Dans ces conditions, monsieur le
procureur général, permettez-moi de vous dire que, pour mettre en
accusation un maréchal de France, qui a été généralissime pendant la
guerre de 1914-1918, votre accusation est bien faible puisqu’elle doit
recourir à un homme qui, pendant cette guerre, a porté les armes contre
la France. »
Et l’avocat de
citer un rapport de police de 1944, établissant que le sieur Wincler,
après avoir aidé Bela Kun à faire la révolution en Hongrie, a dirigé
avant la guerre l’agence Opera Mundi, sorte de “ bureau au service de
la propagande nazie ”.
C’est au tour
d’une demoiselle Petit d’expliquer qu’elle aussi a eu vent du complot
ourdi par Pétain, alors qu’elle était la secrétaire de l’Italie
nouvelle, le journal fasciste de Paris. Laval, rencontrant son patron,
aurait annoncé qu’un complot se préparait pour le porter au pouvoir
sous le paravent d’une “ haute personnalité militaire ”. À n’en pas
douter, c’était le Maréchal.
Il n’y a pire
dénonciateur que ceux qui ont à faire oublier leur passé...
L’accusation est donc mise à mal, et ce n’est pas la déposition
d’Herriot, après celle de Jeanneney, qui peut lui redonner de la
consistance. Après avoir été en juillet 1940 respectivement président
de la Chambre des députés et président du Sénat, après avoir prêché à
leurs collègues l’adhésion au Maréchal, – « Groupons-nous autour du
Maréchal dans la vénération que son nom inspire... Prenons garde de ne
pas troubler l’accord qui est ainsi établi sous son autorité », disait
Herriot, le 9 juillet 1940 à Vichy –, ils viennent maintenant dire que
le Maréchal a fait un coup d’État. Ils ne sont pas crédibles, non
vraiment !
C’est alors
qu’intervient le commandant Loustanau-Lacau, successivement
vice-président de la Légion des anciens combattants, organisateur du
réseau de résistance Navarre, arrêté, déporté en Allemagne, un héros à
sa façon... Il revient de Mauthausen, les traits marqués par les
souffrances qu’il a endurées. « Je ne dois rien au maréchal Pétain,
lance-t-il, mais cela ne m’empêche pas d’être écœuré par le spectacle
de ceux qui, dans cette salle, essaient de refiler à un vieillard
presque centenaire l’ardoise de toutes leurs erreurs. »
Pour sauver la
face, il ne reste plus à l’accusation que des témoignages “
émotionnels ”, propres à recréer le climat de ressentiment, de
vengeance, de haine à l’encontre de l’accusé. C’est la déposition de
madame Psichari-Renan, venant témoigner que son fils, officier de
marine à Casablanca, est mort pour avoir obéi aux ordres de Vichy : «
Nos enfants sont morts, j’ai honte et j’ai peine à le dire, au service
de l’Allemagne. » Son fils savait que c’était au service de la France,
comme un de ses camarades en témoignera.
C’est ensuite au
tour d’un autre déporté, un certain Marcel Paul, d’affirmer que les
coups les plus durs portés à la Résistance l’ont été par la police de
Vichy. Ce témoin communiste représentera pendant quarante ans les
déportés résistants, avant qu’une grave suspicion ne soit jetée sur son
rôle dans les camps...
L’accusation n’a
décidément pas de chance avec ses témoins, comme le fera remarquer
Lemaire dans sa plaidoirie, à propos d’un certain Chaudet, venu faire
une violente déposition à l’encontre du Maréchal : « Pétain, vous
devriez vous mettre à genoux devant la France que vous avez trahie... »
Quelques jours après, le même Chaudet était inculpé pour « trafic avec
l’ennemi et délation ».
Changement de cap dans l’accusation
Le général
Weygand arrive sur les entrefaites, et c’est lui qui réduira à néant
l’accusation de trahison relative à l’armistice. Il commence par
s’incliner devant le Maréchal, ce que personne n’a fait avant lui et,
d’emblée, lance une contre-attaque, nourrie et rapide, contre Paul
Reynaud. Son récit de la bataille de France est complet, précis, sans
digression. Il ne cherche pas à se justifier, il rend compte, prenant
soin de distinguer la capitulation, qui est en soi déshonorante pour un
chef militaire, de l’armistice, dont le pouvoir civil doit prendre la
responsabilité. Il démontre la nécessité de cet armistice, qui a sauvé
la France et lui a permis de survivre pendant quatre ans. Quand il
achève sa déposition, on voit le Maréchal se lever, sous les yeux
inquiets de ses avocats, et déclarer :
« Dans ce que
j’ai entendu, parce que j’étais le plus près de lui, il m’a semblé
qu’il suivait complètement ma doctrine. J’aurais pu le soutenir si
j’avais pu prendre la parole. Je regrette beaucoup de ne l’avoir pas
fait. Le général Weygand est un esprit sûr en lequel on peut avoir
confiance. »
Hélas ! les deux
hommes se heurtent à un mur de haine et d’incompréhension. Les esprits
sont incapables de juger objectivement des faits. À l’audience
suivante, a lieu un duel épique entre Weygand et Reynaud, qui se
termine par la victoire de l’ancien généralissime : « Messieurs,
déclare Weygand à l’adresse des jurés, tout s’explique. M. Paul Reynaud
– et cela, c’est le procès du maréchal Pétain –, a appelé, dans un
moment de détresse où ses épaules trop faibles étaient incapables de
supporter le poids dont elles s’étaient avidement chargées, le maréchal
Pétain et moi, bien heureux de nous trouver. Depuis, que s’est-il passé
? M. Reynaud ne s’est pas montré avide de responsabilités [...]. Après
tout cela, il ose dire ce qu’il dit, et nous accuser, nous, des hommes
comme nous, de trahison ! Ah ! messieurs, non !... » On voit alors Paul
Reynaud rougir, comme sous un coup de cravache, tenter de se lever,
mais ses “ faibles épaules ” fléchissant de nouveau, il se rassoit. La
cause est entendue.
Prévoyant cette
déroute, le procureur général Mornet a pris les devants et, au début de
l’audience du 1er août, on a la surprise de l’entendre déclarer : «
L’armistice est un fait. L’armistice ne constitue pas un des chefs de
l’accusation... C’est la préface de l’accusation. » Cet abandon par le
procureur général du principal chef d’accusation, en plein procès, est
un coup de théâtre. On n’a jamais vu cela ! Quand de Gaulle
l’apprendra, il enragera, parce qu’il a fait de la question de
l’armistice la justification même de sa légende.
« J’estime qu’il
est temps que le procès Pétain commence », ajoute Mornet. De fait, il
est temps. Pour le procureur général, la trahison du Maréchal commence
le 11 juillet 1940. Que s’est-il produit ce jour-là ? Un attentat
contre la République, c’est là LE crime inexpiable de Pétain. Encore
faut-il prouver qu’il y a crime. Les témoins à décharge, qui se
succèdent maintenant, parlent évidemment dans un tout autre sens.
Témoins à décharge
Aujourd’hui
encore, leurs dépositions (au nombre de quarante-trois !) constituent
une collection impressionnante de témoignages historiques
incontestables, qui non seulement lavent le Maréchal de tout crime,
mais donnent la vraie mesure de son service de la France.
Le général
Héring, par exemple, rappelle que le général Pétain, réputé défensif et
pusillanime, a gagné ses étoiles en 14-18 par des offensives. Il
commence à expliquer qu’en 1934, alors qu’il était au ministère de la
Guerre, il a voulu réarmer la France pour la préparer à affronter de
nouveau l’armée allemande, mais le président Mongibeaux l’interrompt
brutalement : « Abrégez ! » et le général ne peut achever sa
démonstration.
Le général
Georges, ancien commandant des armées Nord-Est, a rejoint l’Afrique du
Nord en novembre 42. Il rapporte un propos de Churchill : « L’armistice
nous a rendu service. Hitler a commis une faute de l’accepter. » Le
général Vauthier, chef de cabinet du Maréchal pendant son ambassade en
Espagne, dissipe ensuite, s’il en est besoin, l’idée d’un complot
espagnol. Le général Serrigny fait, lui aussi, un bel éloge de son
ancien chef. Rapportant son refus de gagner Alger, il déclare : « À la
couronne de gloire que je lui offrais et qu’il lui était si facile de
saisir, il a préféré une couronne d’épines. C’est tout de même,
messieurs, un beau sacrifice. J’espère que vous le comprendrez. Et si
vous ne le comprenez pas, l’Histoire, elle, le comprendra. »
On lit le
télégramme de l’amiral Leahy, l’ancien ambassadeur des États-Unis à
Vichy, disant son amitié et son admiration pour le Maréchal, tout en
faisant quelques réserves sur sa politique. Tout cela évidemment
décharge le Maréchal de l’accusation de trahison.
Pierre Laval le réprouvé
Le 3 août, a
lieu une suspension de séance, provoquée par le retour de Pierre Laval,
rendu par Franco aux Américains et, par eux, aux Français. Les jurés
demandent qu’il soit entendu, ce que ni les juges, ni le procureur ne
souhaitent, parce que ce vieux routier de la politique en sait trop,
pour avoir fréquenté les coulisses des assemblées et les cours de
justice elles-mêmes. Mais, en août 1945, on ne résiste pas à un jury
résistant, et Laval comparaît.
Il entre dans la
salle, ou plutôt dans l’arène, comme une bête blessée. Amaigri et
blanchi, le dos voûté, jetant de droite et de gauche des yeux inquiets,
mais peu à peu, il reprend de l’assurance. Il va parler pendant deux
jours, avec une force de persuasion et une précision remarquables. À
bâtons rompus, il explique ce qu’a été sa politique : comment, au
milieu des années trente, il a lutté contre la guerre, dans un temps où
tout le monde la voulait ; et lorsqu’elle fut déclarée, et perdue, il
n’eut de cesse d’empêcher le pire. L’ancien Premier ministre cherche
visiblement à lier son sort à celui du Maréchal, ce que redoutent
précisément les avocats de la défense, sachant que Laval, haï de tous,
est condamné d’avance. Quant au Maréchal, il écoute attentivement, mais
est visiblement agacé de ne pouvoir rectifier certaines allégations de
son ancien Premier ministre. Laval n’aura pas la possibilité de
s’exprimer ainsi à son propre procès, qui sera un ignoble lynchage
judiciaire, suivi d’une horrible exécution.
Quand on en
vient à la fameuse déclaration : « Je souhaite la victoire de
l’Allemagne, car sans elle le communisme régnerait en Europe », Laval
explique que c’était pour obtenir des concessions, forcer la confiance
des Allemands. « Avec l’approbation du Maréchal ? » demande le
président. « Oui », répond Laval. « Non », rectifie le Maréchal,
bouillant de colère.
Un “ jeu ” purement français
Le lundi 6 août,
les séances ont repris leur cours prévu. Ce même jour, à 9 000
kilomètres de là, éclate la bombe d’Hiroshima, qui va précipiter la fin
de la guerre. Le Maréchal l’apprend et le stratège se réveille en lui :
« Je vais faire une étude sur la question, confie-t-il à Simon, car
elle risque de bouleverser les données de la guerre. » De fait, il
avait raison !
Les témoins à
décharge se succèdent. La plupart sont en prison, à Fresnes, d’où on
les extrait pour leur permettre de témoigner en faveur de leur ancien
chef. L’amiral Fernet et Jacques Chevalier, ami de Lord Halifax,
parlent des accords secrets conclus avec l’Angleterre et en soulignent
les heureuses conséquences. Ils montrent, chose importante, que la
politique du Maréchal fut un jeu purement français :
« Je ne pratique
pas une politique de double jeu, déclarait le Maréchal à Chevalier, qui
le rapporte dans sa déposition [...]. Je n’ai qu’une parole, j’y suis
fidèle. Je suis loyal avec les uns comme avec les autres. Avec les uns,
j’ai signé l’armistice, je respecte l’armistice ; et cela sur le désir
même, formel, des Anglais qui disent qu’une rupture de l’armistice
entraînerait l’intervention de l’Allemagne. D’autre part, je suis loyal
et amical avec les Anglais parce que, dans la limite du champ qui m’est
laissé libre, il n’est pas très grand, je fais tout ce qui est en mon
pouvoir pour faciliter leur tâche et pour préparer leur victoire qui
sera la nôtre ; en même temps, me dit-il, que je résiste dans toute la
mesure du possible aux demandes allemandes. »
À la
stupéfaction générale, un officier supérieur en activité, le général
Lafargue, directeur de l’Infanterie au ministère de la Guerre, ancien
chef d’état-major de l’Armée De Lattre, a le courage de venir, en
uniforme, témoigner à décharge. Il administre aux jurés un cours de
stratégie et de diplomatie, expliquant que le maréchal Pétain a livré
une “ bataille d’attente ” dans l’intérêt même de la France. Le
lendemain, on apprend que le général a été mis à pied et que sa
promotion au rang de général de corps d’armée est annulée. Ainsi va la
justice en période révolutionnaire...
Le général
Bergeret parle à son tour du potentiel aérien français reconstitué en
secret en France non occupée et en Afrique du Nord, tandis que le
commandant Archambault authentifie les deux télégrammes envoyés par
Auphan à Darlan en novembre 1942 pour lui signifier “ l’accord intime ”
du Maréchal. C’est lui-même qui les a chiffrés sur le câble secret.
Tout esprit non
prévenu ne pouvait qu’adhérer à tous ces exposés expliquant la
politique du Maréchal, et saluer l’œuvre accomplie. Le général Juin a
accepté lui aussi de venir témoigner de ce que le Maréchal a fait pour
l’Armée d’Afrique. Mais, deux jours avant sa comparution, de Gaulle
l’envoie en mission en Allemagne. Celui-ci rédige alors un texte, qui
sera lu en séance, sans avoir la force d’une prestation verbale.
Après les
militaires, les techniciens : Bouthillier, Berthelot rappellent
comment, sous l’autorité du Maréchal et sous la gouverne de ses
ministres, ils ont reconstruit la France dévastée et préparé sa
renaissance. Nourguet, secrétaire général à la Production industrielle
d’août 1940 à août 1943, raconte quelles difficultés il a fallu vaincre
pour construire le barrage de Saint-Étienne-Cantalès, que le général de
Gaulle vient juste d’inaugurer... Mais, déjà, on n’écoute plus, et les
commentateurs de la presse “ libérée ” dénigrent systématiquement ceux
qui osent dire la vérité, les accusant d’être les complices de l’accusé.
Le chanoine
Rodhain, aumônier national des prisonniers et déportés, a beau
témoigner de la sollicitude constante que le Maréchal a manifesté à
leur égard, les cœurs sont trop endurcis pour être touchés. Les
ecclésiastiques et les religieux seront, hélas ! singulièrement absents
du prétoire. Seule la lecture d’une lettre du cardinal Liénart rappelle
qu’il existe un clergé en France. Déclaration digne, mais dans laquelle
le cardinal a soin de marquer ses distances par rapport au « rôle
obscur et pénible » que le Maréchal a joué pendant quatre ans.
N’oublions pas que Nos Seigneurs les évêques de France ont fait
allégeance au nouveau pouvoir au mois de mars précédent !
Le dernier
témoin à se présenter est le général Lannurien, héros de 14-18, couvert
de blessures et de médailles, presque aveugle. C’est un bon orateur et
son éloquence de vieux soldat défendant son chef est si poignante
qu’une partie de l’assistance applaudit. Mais le Maréchal déconcerte
tout le monde, jusqu’à ses propres avocats, quand il déclare : « Je ne
suis pour rien dans la présence ici du général de Lannurien. » Le
Maréchal, qui n’appréciait que médiocrement les propos laudatifs, ne
voulait pas qu’on fasse du sentiment dans les choses sérieuses.
Un réquisitoire mortel
Le lendemain 11
août, le procureur général Mornet prononce son réquisitoire. L’exorde
est emphatique : « Messieurs. Pendant quatre années, – que dis-je,
pendant quatre années ? à l’heure actuelle encore –, la France est
victime d’une équivoque, la plus redoutable qui puisse jeter le trouble
dans les esprits, celle qui, à la faveur d’un nom illustre, sert de
paravent à la trahison. Oh ! Messieurs, je sais quel mot je viens de
prononcer, un mot dont le rapprochement avec l’homme qui est ici sonne
péniblement... »
Le mot a été
lâché : trahison. Et Mornet d’expliquer que Pétain a renversé la
République. « Ici, l’objet principal [de la trahison], c’est la
destruction du régime et son remplacement par un régime nouveau qui ne
peuvent être obtenus qu’à l’aide d’une entente avec l’envahisseur. » Il
appuie sa thèse en citant des extraits de discours du Maréchal : «
Toutes ces paroles suent la haine de ce qu’il appelle “ l’ancien Régime
”... Entendez : le régime de 1789. »
Il était
interdit en 1945, et aujourd’hui plus encore, de mettre en cause le
régime républicain. C’est pourtant la stricte vérité. Alors Mornet se
drape dans le drapeau de la vertu républicaine outragée, pour retracer
les étapes du complot qui ont permis au Maréchal d’accomplir ce
renversement de régime. Y a-t-il eu complot ? « Je le soupçonne,
dit-il, mais n’en ai pas la preuve [quel aveu !] donc ne peux le
retenir. » Trois semaines de débats, vingt audiences n’ont donc rien
prouvé ?
Mornet raconte
ensuite à sa manière la défaite de la France, non pas la défaite réelle
: nos cent mille morts, l’armée française en déroute, huit millions de
personnes sur les routes de l’exode, l’appareil administratif de la
France complètement désorganisé, etc. Non ! pour lui, la défaite, c’est
“ l’idée ” que certains esprits, défaitistes, capitulards, ont imposée
à la France. La France était prête à continuer à se battre, pour
l’honneur ! L’armistice, l’accord avec l’ennemi, ont été un déshonneur.
Avec un aplomb incroyable, Mornet gomme les faits, ou plutôt s’en évade
pour exalter la chimère d’une France invaincue et toujours combattante.
D’où le crime du Maréchal d’avoir signé l’armistice, puis détruit le
régime républicain, pour mieux s’entendre avec l’ennemi et calquer son
régime sur le sien.
Il ne fait que
reprendre son acte d’accusation du mois d’avril, comme s’il n’y avait
eu ni instruction, ni procès. Il annonçait depuis longtemps qu’il avait
des “ documents décisifs ”, comme Hitler avait des armes secrètes : on
allait voir ce qu’on allait voir ! Et on ne vit rien. Mornet ne fournit
aucune preuve déterminante à l’appui de sa thèse. Le document dont
faisait état l’acte d’accusation, concernant l’appartenance du Maréchal
à la Cagoule, s’est avéré un faux en cours de procès. Les auditeurs ont
donc l’impression du “ déjà vu, déjà entendu ”. Le ton d’indignation
soutenue lasse à la longue et, la chaleur aidant, la torpeur s’est
emparée des esprits.
Seul auditeur à
se montrer attentif d’un bout à l’autre : le Maréchal. On le voit
s’agiter, prendre ses gants, les reposer ; tantôt il fait “ non ” de la
tête, tantôt il se retourne, indigné, vers ses défenseurs. Par
instants, son visage blanc rosit. Mais il a pris sur lui de se taire et
il se tait. Devant l’épaisseur du mensonge et la haine qui suinte de ce
réquisitoire, il fait bien.
Quand la
conclusion de Mornet tombe, elle était déjà connue d’avance : « C’est
la peine de mort que je demande à la Haute Cour de Justice de prononcer
contre celui qui fut le maréchal Pétain. » “ Celui qui fut ” : Son
titre, sa dignité, tout ce qu’il représente doivent être effacés de la
scène de l’histoire.
Un procès posthume
Notons que la
question juive a été à peine évoquée, dans les débats comme dans le
réquisitoire : seulement dix-sept lignes sur trente-trois pages. La
question n’était pas particulièrement à charge. En ce temps-là, on
associait le nom de Pétain à Montoire, non à Auschwitz. C’est un autre
procès qu’on fait depuis 1970 au Maréchal, en l’accusant de complicité
de crime contre l’humanité dans sa collaboration avec l’occupant nazi.
En vérité, dans
le climat de haine mortelle qui régnait alors à Paris et dans toute la
France, si la déportation des juifs avait été un grief déterminant pour
condamner le Maréchal à mort, il aurait été utilisé. Mais les juifs
n’avaient pas été les seules victimes de l’occupation nazie. Le sort
des “ malgré nous ” d’Alsace-Lorraine, par exemple, dont le nombre de
morts et de disparus était sensiblement égal à celui des juifs, faisait
lui aussi partie des conséquences épouvantables, mais inéluctables de
la guerre et de notre défaite. Et le Maréchal avait répondu d’avance à
ses détracteurs dans sa déclaration à la première audience du procès :
« L’Histoire
dira tout ce que je vous ai évité, quand mes adversaires ne pensent
qu’à me reprocher l’inévitable. » Ce qu’il avait pu éviter, c’était
entre autres, que les 400 000 juifs du Maghreb ne soient pas inquiétés,
grâce à l’armistice et à la politique de Montoire, qui empêchèrent
l’Allemagne victorieuse d’envahir l’Afrique du Nord.
Une défense en cinq temps et trois manières
Le 12 août est
un dimanche. Il faut donc attendre le lundi matin pour entendre les
plaidoiries de la défense. Elles vont durer deux jours, les 13 et 14
août. Les trois avocats se sont répartis la tâche : au bâtonnier Payen
de suivre son client à travers les faits, les documents et les
témoignages favorables. Maître Lemaire s’attaquera à l’accusation et à
ses témoins. Quant à Isorni, il aura la partie la plus délicate, dans
le contexte d’un jury composé d’adversaires et de victimes, à savoir la
question du maintien de l’ordre et de la répression sous Vichy.
N’a-t-il pas plaidé, au cours des années précédentes, au sein des
Sections spéciales chargées de réprimer les communistes pris les armes
à la main ? Tous trois misent sur l’appel qu’ils lanceront en faveur de
la réconciliation des Français, oubliant quelle haine anime certains
jurés de ce procès hautement politique.
Payen prend la
parole le premier et, avec une exactitude pointilleuse, commence
l’examen méthodique et chronologique de l’action du Maréchal. Son
argumentation, parfaite en soi, restera pour l’histoire un document de
synthèse remarquable. Mais, pour un tel procès, cela ne convient guère.
Sa voix ne porte pas. Il est peu écouté.
Avec maître
Lemaire, le ton change, la défense retrouve des dents. D’emblée, Mornet
est visé : « Qu’il me soit simplement permis de dire, monsieur le
Procureur général, que vous êtes un serviteur passionné de la loi... et
du gouvernement. » Comme l’autre proteste furieusement, Lemaire reprend
point par point son réquisitoire, fait, dit-il, « à coups de ciseaux ».
Le procureur général a pris, de-ci de-là, des faits, des lettres, a
cité des témoignages plus que douteux, pour forger une accusation qui
ne tient pas. À l’appui du complot antirépublicain et maurrassien
d’avant guerre, il cite des lettres de 1942 et 1944 ! L’histoire de la
liste de ministres toute prête, le 16 juin 1940 ? Allons donc, c’est
pratiquement une reprise de la liste du gouvernement Doumergue. Le
complot avec Franco et Hitler ? Mais c’est du roman ! L’attentat contre
la République ? Relisez son projet de constitution de 1943, qui n’est
qu’un renforcement de l’exécutif, etc. Conclusion : il n’y a pas eu
crime contre la République ni contre la nation. Le procureur Mornet,
qui tente plusieurs fois de contrer cet abattage implacable, s’enferre
lamentablement.
« Je ne peux
qu’approuver ce qu’a dit mon défenseur », déclare le Maréchal quand
maître Lemaire se rassoit. C’est la seule plaidoirie que le Maréchal
félicitera. Le soir, il confie à la Maréchale, avec un éclair de joie
dans les yeux : « Lemaire a été épatant. Qu’est-ce que Mornet a pris ! »
Il n’empêche que
la défense de Lemaire, au sujet du complot contre la République, nous
paraît, à soixante ans de distance, assez superficielle. Que le
Maréchal n’ait pas comploté contre la République, c’est évident. Il
n’empêche que l’État français, que la Révolution nationale, reposaient
sur d’autres fondements que Liberté-Égalité-Fraternité. Ce n’était plus
l’idéologie de 89 qui inspirait la Constitution de la France, mais les
traditionnels “ Principes de la Communauté ”, qui marquaient un
authentique retour à l’ordre social chrétien. On ne pouvait le nier. Et
il aurait fallu l’affirmer haut et clair.
Le lendemain,
Payen reprend la parole, c’est-à-dire l’étude des faits depuis le mois
de juillet 1940, mais il est moins bon que la veille, en ce sens qu’il
plaide “ gâteux ”, comme on dit dans le métier, parlant de « la
facilité du Maréchal à se sentir fatigué » et chargeant le « mauvais
génie » que fut Laval. Cela n’empêche pas le bâtonnier d’exposer
clairement la tactique du Maréchal, celle du mur protecteur élevé entre
l’occupant et le peuple français. Le Maréchal ne parvient pas cependant
à cacher son mécontentement : « Il a plaidé gâteux ! dit-il à la
suspension d’audience. Qu’il vienne un peu se mesurer avec moi, et il
verra si je suis gâteux. »
Enfin Isorni
s’avance. Sa plaidoirie est attendue de tous. On sait qu’il est
éloquent, lui aussi le sait... et il ne voudrait pas décevoir. Il est
vrai que son sujet se prête au côté émotionnel, pour ne pas dire
passionnel : la Cour de Riom, les tribunaux d’exception, les lois
antijuives et antimaçonniques, le S. T. O., la Milice et sa répression
de la Résistance, telles sont les pilules amères qu’il est chargé de
faire avaler à des jurés résolument hostiles. Il voudrait dire la
vérité sans choquer. Délaissant tout ce qui est chiffres et autres
détails, il s’adresse aux jurés, fait appel à leur conscience :
« Vos morts,
croyez-moi, nous les pleurons ensemble. Mais d’autres Français sont
morts, eux aussi, sous les balles allemandes et qui, au moment de
mourir, ont crié : “ Vive le Maréchal ! ” » Il conclut, vibrant et
pathétique, les bras tendus vers le tribunal, dans un grand appel à la
réconciliation générale, en demandant que cesse de couler le sang
français. « Vous portez dans vos mains le destin de la France. »
L’émotion est à son comble, même parmi les jurés.
À la suspension
d’audience, Isorni a la surprise de voir s’avancer vers lui le
procureur Mornet, qui lui dit, en l’étreignant chaleureusement : « Ah !
vous avez tellement dit tout ce je pensais ! » Sous le charme lui
aussi, le président Mongibeaux propose à la défense qu’on s’en tienne
là, ce que refuse le bâtonnier Payen.
« J’en étais
arrivé aux incidents qui se sont produits entre l’Angleterre et la
France à propos de la Syrie, de Madagascar, de Diego Suarez »
enchaîne-t-il à la reprise. “ Incidents ”, la Syrie et Madagascar ?
Dans sa plaidoirie précédente, il a dit que « le Maréchal avait été
désagréablement impressionné par l’attaque anglaise sur nos bâtiments
». Il s’agissait de Mers-el-Kébir... Qu’en termes délicats ces
choses-là sont dites ! Et Payen de poursuivre sa minutieuse chronologie
jusqu’en 1944, avant de conclure par un vibrant « Vive la France ! »
que la salle applaudit.
Arrêtons-nous un
moment, avant d’applaudir à notre tour. L’émotion de la plaidoirie
d’Isorni passée, qu’en reste-t-il ? Deux thèses s’affrontent, a-t-il
expliqué aux jurés : celle du Maréchal, qui voulait « sauvegarder,
défendre, acquérir des avantages matériels mais souvent au prix de
concessions morales ». Celle de la Résistance qui « ne cherchait point
à éviter les sacrifices immédiats. Dans la continuation du combat, elle
voyait d’abord des avantages moraux. » En bref, il accorde au Maréchal
la sauvegarde des intérêts matériels aux dépens de l’honneur, et à la
Résistance, la sauvegarde de l’honneur aux dépens des intérêts
matériels.
Cela ne tient
pas. Le Maréchal voulait certes sauvegarder les intérêts matériels de
la France, mais aussi et surtout la redresser moralement, lui faire
tirer la leçon de la défaite et accomplir une “ révolution nationale ”
dans les esprits et les cœurs autant que dans les institutions. « Tous
les peuples ont connu tour à tour des succès et des revers. C’est par
la manière dont ils réagissent qu’ils se montrent faibles ou grands »,
(discours du 20 juin 1940). La Résistance refusait d’assumer les
conséquences de la défaite. Rebelle au pouvoir légitime, elle a forfait
à l’honneur.
Il aurait été
souhaitable que la défense du Maréchal se hissât au même niveau que
l’accusation, et lave entièrement l’honneur du Maréchal, en dénonçant
l’hypocrisie de ses accusateurs et l’iniquité d’un tel procès.
Démasquer l’Adversaire eut été plus utile à la cause du Maréchal et à
l’Histoire que de conforter le mythe de la Résistance et de sa
Libération épuratrice.
« Je l’ai défendu, comme j’ai défendu Verdun. »
Les plaidoiries
des avocats passent, mais la dernière déclaration du Maréchal, elle,
demeure. Quand le président lui demanda s’il avait quelque chose à
ajouter, on vit l’accusé se lever et, sur le même ton royal qu’au début
du procès, déclarer ceci :
« Au cours de ce
procès, j’ai gardé volontairement le silence, après avoir expliqué au
peuple français les raisons de mon attitude.
« Ma pensée, ma
seule pensée, a été de rester avec lui sur le sol de France, selon ma
promesse, pour tenter de le protéger et d’atténuer ses souffrances.
« Quoi qu’il arrive, il ne l’oubliera pas. Il sait que je l’ai défendu comme j’ai défendu Verdun. »
Il faut
connaître la bataille de Verdun, dont nous célébrons ces jours-ci le
90e anniversaire, pour comprendre la profondeur d’une telle parole. Le
maréchal a défendu et sauvé la France en 1940-1944, comme il a défendu
Verdun en 1916, c’est-à-dire avec la même méthode, sans orgueil ni
éclat, heure par heure, sous une pression presque insoutenable de
l’ennemi, avec ce qu’il avait sous la main, montrant en toutes ses
actions une application et une abnégation de lui-même, qui font de lui
le plus grand chef militaire et le plus grand chef d’État de notre
histoire contemporaine.
Et le Maréchal conclut :
« Messieurs les
juges, ma vie et ma liberté sont entre vos mains, mais mon honneur,
c’est à la patrie que je le confie. Disposez de moi selon vos
consciences. La mienne ne me reproche rien, car pendant une vie déjà
longue, et parvenu par mon âge au seuil de la mort, j’affirme que je
n’ai eu d’autre ambition que de servir la France. »
Les débats sont
clos. La Cour se retire. Ses délibérations vont durer sept heures. À
minuit, le chanoine Potevin vient dans le bureau du greffe où le
Maréchal, son épouse et ses avocats attendent le verdict, pour célébrer
la messe de l’Assomption de Notre-Dame, Reine de France. La Vierge
Marie s’apprête à triompher au Ciel, mais dans l’humiliation de son
fidèle serviteur.
Condamné à mort à une voix
On apprendra par
la suite comment se déroulèrent les délibérations : les jurés étaient
au nombre de vingt-sept, les trois juges faisant fonction de
conseillers. Les jurés eurent la surprise d’entendre le président
Mongibeaux leur proposer une peine de bannissement de quatre ou cinq
ans, le temps sans doute pour le Maréchal de mourir en terre étrangère.
Les jurés “ résistants ”, eux, persistèrent à réclamer la peine de
mort, tandis que les jurés parlementaires se prononçaient contre. Parmi
ces derniers, il y avait un juif, Lévy Alphandéry. Après bien des
discussions, par vote secret, quatorze jurés se prononcèrent pour la
peine de mort, treize contre. Le Maréchal fut donc condamné à une voix,
comme Louis XVI !
La Révolution
triomphait de celui qui avait voulu la contrer jusque dans ses
principes. Mais, à reprendre, soixante ans après, la minute d’un tel
procès, on est obligé de constater que ce fut un simulacre, un
mensonge, une iniquité, telle qu’il n’y en eut pas de semblable dans
aucun des pays occupés par l’Allemagne nazie et libérés par les alliés.
Tout était jugé d’avance, l’accusation se montra d’une partialité «
écœurante », et malgré les faiblesses de la défense, l’innocence de
Philippe Pétain, maréchal de France, éclate à toutes les pages. L’avoir
condamné à mort est un péché qui restera sur la conscience de la
France, tant que ce procès ne sera pas révisé, ni la sentence cassée.
À 4 h du matin,
on réveille le Maréchal, et, dans le jour blafard qui commence à
poindre, le président donne lecture du verdict. Un micro a été placé
devant lui, car l’arrêt doit être diffusé sur les ondes et répercuté à
l’heure même dans le monde entier. Après une longue suite d’attendus
qui semblent rédigés d’avance, l’arrêt tombe :
« Par ces motifs, condamne Pétain à la peine de mort, à l’indignité nationale, à la confiscation de ses biens. »
Le président
ajoute : « Tenant compte du grand âge de l’accusé, la Haute Cour de
Justice émet le vœu que la condamnation à mort ne soit pas exécutée. »
Le Maréchal est
impassible. La sentence étant immédiatement exécutable, il s’éloigne
entre deux gardiens. Il lui reste à parfaire son sacrifice par un long
labeur de prison, dans le don total de sa personne et de sa gloire « à
la France... et à Dieu ».
Victime pour son peuple
Au fort du Portalet
Aucune amertume
n’habitait l’âme du condamné. Quand il entendit le nom du directeur de
l’administration pénitentiaire qui le prenait en charge, M. Amor, il
eut cette repartie charmante : « Amor ? Comme moi ! » Et, à l’aérodrome
de Villacoublay, en voyant l’avion blanc qui l’attendait, il s’écria :
« Un avion, chic ! »
Pendant le vol,
il resta silencieux et méditatif. À un moment, il demanda à son voisin
: « Avez-vous assisté à mon procès ? Le bâtonnier Payen a beaucoup,
beaucoup de qualités. Mais il n’aurait pas dû me chercher des excuses,
et surtout pas dans mon âge. »
À 8 heures, le
Dakota se posait sur l’aérodrome de Pau et, deux heures plus tard, le
convoi arrivait au fort du Portalet, juché dans le resserrement d’une
vallée pyrénéenne rocheuse, à quelques kilomètres de la frontière
espagnole. Blum, Reynaud, Mandel et Gamelin y avaient été internés,
mais eux avaient bénéficié d’un certain confort qui était refusé à
l’ex-chef d’État. Sur son passage, aucun des gardes ne rectifia la
position, quelques-uns prirent des attitudes hostiles, allant jusqu’à
tourner le dos au prisonnier. Devant la porte se tenait un officier,
commandant une compagnie du 4e régiment de zouaves. Il l’ouvrit, le
Maréchal entra seul dans la geôle, jeta un coup d’œil circulaire : des
barreaux à la fenêtre, un châlit avec un sac de couchage, une vieille
chaise de paille, une table de bois. Rien d’autre. Alors le Maréchal,
se retournant vers ceux qui l’avaient accompagné, leur dit simplement :
« Messieurs, je vous remercie. » Le garde ferma la porte et tira les
verrous...
Le 17 août, de
Gaulle commuait la peine de mort en réclusion à perpétuité. Cette peine
n’existe pas dans le Code pénal français pour des prisonniers
politiques, auxquels seule une détention à temps déterminé peut être
infligée.
Le séjour au
Portalet fut très pénible pour le Maréchal. L’isolement, la
claustration, l’absence de courrier, eurent rapidement raison de son
tempérament vigoureux, surtout après la terrible tension du procès. Le
20 août, le gardien chargé de l’observer par la fente de la porte vint
rendre compte à Simon que le vieux Maréchal, qui venait d’apprendre
qu’il resterait toujours au Portalet était assis, prostré, sur son lit
; silencieusement, il pleurait. Mais il se reprit et, par sa patience,
sa gentillesse, parvint à conquérir l’affection des gardiens.
La Maréchale fut
autorisée à résider à Urdos, le village le plus proche du Portalet, du
1er au 15 octobre. Elle pouvait voir le prisonnier, une heure par jour
et en présence d’un gardien. Mais, le 17 octobre, il lui fut signifié,
non seulement de ne plus se présenter au fort mais d’avoir à quitter
Urdos. C’est que l’on se méfiait de tout : du curé d’Urdos dans lequel
Simon voyait un “ collabo ”, du général Franco que le gouvernement
soupçonnait de préparer de l’autre côté de la frontière un commando
pour libérer le Maréchal.
Le 20 octobre,
après le départ de son épouse, nouvelle crise de découragement chez le
Maréchal. « J’en ai assez, dit-il à son gardien, cela ne va plus ! Vous
voyez cette fenêtre de ma cellule : s’il n’y avait pas de barreaux, je
me serais précipité dans le gave. Je crois que c’est la seule solution
: disparaître. » Pauvre maréchal ! Son calvaire ne fait que commencer.
Les 5 et 6
novembre, maîtres Isorni et Lemaire viennent le visiter. « Vous avez
bien fait de venir maintenant, leur dit-il. Je n’aurais pas pu résister
plus longtemps. Heureusement, mes gardiens me protègent de moi-même. »
Quand ils le quittent, apprenant qu’ils se rendent à Lourdes, le
Maréchal leur recommande « de parler de lui à la Dame de Lourdes ».
Le général
Héring, ancien gouverneur de Paris, étant intervenu en faveur du
Maréchal auprès du chef du gouvernement provisoire, huit jours plus
tard, le Maréchal apprenait son transfert à l’île d’Yeu. Il aurait
préféré une île de la Méditerranée, mais il s’exclama : « Au moins, je
verrai la mer. » S’il avait su...
Honneur à la
Marine ! Le commandant de l’aviso-escorteur L’Amiral-Mouchez et ses
marins, qui devaient emmener le prisonnier à l’île d’Yeu, contrevenant
aux consignes, lui rendirent les honneurs. « M. le Maréchal, voici
votre chambre », lui dit le commandant en lui ouvrant ses propres
appartements. Les marins se mettaient au garde-à-vous dès qu’ils
apercevaient le Maréchal, comme si ce dernier était en tournée
d’inspection.
Le 16 novembre 1945, vers 9 heures du matin, l’aviso mouillait à sept milles au sud-est de l’île d’Yeu.
Le fort de la Pierre-Levée
À peine
débarqué, le Maréchal fut conduit au fort de la Pierre-Levée, distant
de Port-Joinville d’un bon kilomètre. La “ citadelle ”, comme disent
les Islais, comporte un bâtiment central de deux étages, deux ailes de
casemates et une grande cour d’environ 130 mètres sur 100. L’ensemble
est entouré d’un large fossé surmonté d’un glacis qui rend impossible
toute vue extérieure.
Le Maréchal
descendit de l’auto, marcha vers la gauche, guidé par le délégué des
prisons : « Par ici ! » Un escalier de granit, trente marches très
hautes. On arrive sur une terrasse de ciment, au milieu une porte. La
chambre est là. En face, de l’autre côté du couloir, une autre pièce
qui servira, le jour, de salle à manger au prisonnier et, la nuit, de
chambre au surveillant de service. Chaque pièce mesure environ cinq
mètres sur trois. Dans la chambre, un lit de fer, avec ses deux
couvertures réglementaires, une commode, une armoire et une table en
bois blanc, deux chaises de bois, pas de fauteuil. Sur la table une
cuvette, à côté un broc en tôle émaillée. Il n’y a pas non plus
d’électricité au fort, du moins dans les premiers mois ; pas d’eau
potable non plus, on va la chercher avec des tonnes à trois kilomètres
de là. Un poêle à bois pour la chambre du prisonnier. Le tout, très
humide et froid...
Son premier
ennemi, le Maréchal le savait, serait la solitude. Lire ne suffisait
pas, il résolut de se mettre à l’étude de l’anglais et demanda à être
abonné à une revue politique anglaise ou américaine qui le mettrait au
courant des questions mondiales. Il souhaitait surtout suivre la
reconstruction matérielle et morale de la France. Souhait non exaucé.
Dans le courant de 1946, il réclama un atlas complet et récent, qui lui
permette de comprendre la politique coloniale dans son ensemble.
Nouveau refus de l’administration pénitentiaire.
Alors, avec des
moyens misérables, le plus vieux prisonnier du monde lutta jour après
jour contre la désintégration intellectuelle. Le combat le plus rude se
déroulait la nuit. Le supplice des insomnies avait commencé au
Portalet, le faisant passer des nuits entières sur son fauteuil.
Maintenant, il n’y avait même plus de fauteuil. Pas de lumière après 11
heures du soir, impossible de prendre un livre. C’était l’obscurité, la
solitude, l’emprisonnement total.
L’interrogation
lancinante du captif était celle-ci : « Ai-je mal agi ? Des gens
peuvent-ils penser sincèrement que j’ai trahi ? Et s’ils le pensent,
pourquoi ? »
Chaque nuit,
effort mentalement épuisant, il voulait se rappeler tous ses actes de
chef d’État. « Je cherche à faire le bilan, disait-il à ses avocats,
lorsqu’ils venaient le voir. Et croyez-moi, je le fais avec le plus de
sévérité possible sur moi-même. Mais je ne comprends pas comment on
peut me traiter comme on le fait. Je ne pensais qu’à aimer les
Français, à être plus près d’eux. Il hésita un peu avant d’ajouter : Je
gouvernais la France avec amour. »
Cet amour de la
France, il le manifestait chaque matin en assistant, au garde-à-vous
derrière la fenêtre grillagée de sa chambre, à la cérémonie des
couleurs qui se déroulait dans la cour. Et comme il n’était pas
question d’y assister si la toilette n’était pas faite, c’était une
bonne raison pour se lever et s’en tenir à l’horaire fixé.
Pour ses
promenades, on avait jugé en haut lieu que la cour était trop vaste
pour une promenade de captif. Aussi le ministre de la Guerre avait
ordonné de délimiter dans la cour un espace de cent mètres sur
cinquante et de le ceindre de barbelés de plus de deux mètres de haut.
Le plus vieux prisonnier du monde ne risquait pas de s’échapper... Si,
à l’extrémité de la terrasse, on montait vers l’étage supérieur, on
arrivait sur le talus. De là, on voyait les pins, la lande de l’île,
les rochers, la mer immense. Le Maréchal aurait pu être autorisé à
gravir ces quelques marches et pour lui, tout aurait été changé. « Du
moins verrais-je la mer », avait-il dit. Non, le règlement
l’interdisait et le geôlier Simon était pointilleux sur le règlement.
Alors les
journées s’écoulaient, vides et mornes. « La patience est actuellement
la vertu essentielle à pratiquer, écrivait-il le 7 décembre 1945 à la
Maréchale. Donnons-nous un mutuel exemple, car la vie est bien pénible
en ce moment. » Le 12 décembre, il reprend la plume pour lui confier :
« J’ai besoin de t’avoir près de moi pendant quelques semaines pour me
réconcilier avec la vie. Cette permanence sous les verrous a quelque
chose d’affreux : elle crée un état d’âme douloureux sur lequel le
temps n’a aucune prise et que ta présence seule peut contribuer à
calmer. Voilà où j’en suis. Décidément, le cachot ne convient pas à mon
tempérament. Il faudrait que je puisse faire des marches de plusieurs
kilomètres pour me disposer au sommeil. Les nuits sans sommeil sont
terribles. L’obscurité les peuple de fantômes, et le faible espoir
d’une vie améliorée que l’on caresse quelquefois dans la journée
s’évanouit au cours des longues nuits sans sommeil. » Ce furent là des
tourments indicibles, un vrai martyre infligé à un vieillard pendant
six ans.
« Le Maréchal à la gamelle. » L’image a fait le tour du monde, pour la honte de la France.
Témoignage de l’abbé Ponthoreau
L’abbé
Ponthoreau, le curé doyen de l’île d’Yeu, en fut le témoin bouleversé.
Le préfet de la Vendée lui ayant demandé d’assurer le service du culte
dans le fort, il y célébra la messe pour la première fois le 23
décembre 1945 et, à partir de ce moment, il reviendra au fort la
célébrer chaque dimanche et rencontrer le Maréchal chaque jeudi. Il
n’était pas pétainiste, mais il fut gagné par le rayonnement du
prisonnier :
« Non content de
pratiquer lui-même la charité évangélique, le Maréchal la prêchait
aussi et en particulier aux curés et aux instituteurs laïques [...]. Le
vieux soldat me citait dix passages de l’Évangile qui se rapportent à
la douceur, à la charité ou au pardon des injures. Les citations
étaient très exactes et supposaient la connaissance d’autres textes
évangéliques. Peut-être est-ce dans l’Évangile qu’il avait puisé ou
affiné cet esprit de bonté dont il donnait si souvent des preuves. Il
lui est arrivé de nous chanter, selon l’époque liturgique, une strophe
du Dies irae, du Veni Creator ou du Stabat, ou un couplet d’un cantique
en français en disant : “ C’est un chant de mon enfance. ” Cette petite
démonstration musicale était faite avec tant de bonhomie et de
simplicité que le vieillard ne perdait rien de sa dignité et que les
gardiens n’avaient pas envie de le railler, au contraire.
« Le Maréchal
communiait à Pâques seulement. Mais je l’ai vu à genoux devant
l’hostie, le regard mouillé,le cou tendu, les lèvres balbutiant des
prières de son invention, avec la foi ardente et simple d’un enfant de
onze ans. » (Archives de l’évêché de Luçon, consultées par notre frère
Pascal)
Premières alarmes
En février 1946,
le Maréchal tomba malade et commença à divaguer. C’étaient les
premières atteintes de la maladie sénile qui aurait raison de sa
robuste santé. Au milieu du mois de mars, la Maréchale vint résider
pendant une semaine sur l’île d’Yeu. Elle put voir son mari chaque jour
: parloir d’une demi-heure, toujours en présence d’un gardien. Le reste
de la journée, elle résidait à l’Hôtel des Voyageurs, chez Gaston
Nolleau. Puis elle repartit. Le 24 avril, ce fut au tour des avocats,
Isorni et Lemaire. Les congratulations échangées, le Maréchal leur
parla de la révision de son procès : étaient-ils prêts à plaider ? Que
signifiait exactement l’expression “ indignité nationale ” ?
« N’oubliez pas qu’il faudra demander ma réhabilitation même après ma mort, leur dit-il.
– Monsieur le
Maréchal, vous avez dit vous-même, il y a quelques années, que la forme
la plus nécessaire du courage, c’était la patience.
– Patient, je le suis, j’accepte tout.
– Il faut laisser passer le temps de la haine.
– La haine ? Je ne comprends pas la haine. Je n’en ai jamais éprouvé. La haine pour moi, c’est trop compliqué. »
Le Maréchal
avait en estime un de ses gardiens nommé Roi. Un jour que celui-ci
avait, par mégarde, renversé un seau d’eau dans la chambre du Maréchal,
le prisonnier lui dit : « Oh ! là, là, je m’en vais vous aider à
éponger cela. Il ne faut pas que le directeur vous attrape ! » Simon
arriva sur les entrefaites au moment précis où le Maréchal et son
gardien, tous deux à quatre pattes, épongeaient la flaque d’eau.
Inutile de dire à quel point Roi fut touché par ce geste.
Même si tout
était voulu pour faire oublier au Maréchal sa dignité et sa gloire
passée, comme le petit roi Louis XVII dans sa prison du Temple ! le
prisonnier n’avait rien perdu de son caractère. Le 11 novembre 1946, le
ménage Nolleau avait fait à l’Hôtel des Voyageurs une sélection des
fleurs envoyées au Maréchal, et un bouquet fut porté au fort pour orner
sa cellule. Survint Simon, qui glissa à l’oreille du gardien, croyant
que le prisonnier ne l’entendait pas : « Il y a trop de fleurs ici. »
Le Maréchal de
la Grande Guerre avait entendu. Il se leva et frappa du poing sur la
table en s’écriant : « Tout de même, les Boches, je les ai vaincus ! »
Ce fut la seule manifestation de colère de sa captivité.
L’acharnement du gouvernement
D’un côté, la
bonté, la charité, le pardon héroïque. De l’autre, la haine,
l’acharnement contre le vieux prisonnier et tout ce qu’il
représentait... En juin 1946, Isorni et Lemaire adressèrent à Georges
Bidault, président du Conseil, une lettre dans laquelle ils attiraient
son attention sur les conditions de vie inhumaines imposées à un
maréchal de France. La bonne conscience démocrate-chrétienne de Bidault
ne s’émut pas outre mesure, et le président du Conseil fit répondre par
son chef de cabinet : « Le président me charge de vous confirmer que
les droits du détenu, définis par le décret du 25 mai 1872 relatif aux
relations des condamnés à la détention avec des agents de service de
surveillance, et l’arrêté du 25 mai 1872 relatif au régime des maisons
de détention, sont exactement respectées. »
En février 1947,
Vincent Auriol était élu à la présidence de la quatrième République.
Les avocats du Maréchal espéraient obtenir un adoucissement du régime
de la Pierre-Levée. Peine perdue. Auriol leur répondit : « Moi aussi
j’ai été en prison pendant la guerre [il ne précisait pas que c’était
une prison dorée, un château !] Je pense surtout aux souffrances de la
France. Il y a vingt ans que M. le maréchal Pétain voulait prendre le
pouvoir. Lisez les mémoires de Foch, de Clemenceau, de Poincaré, de
Joffre. Elles sont accablantes. Si le Conseil de la magistrature
proposait une grâce, je la signerais sans plaisir. Je suis le gardien
de la santé morale de la France, je n’ai pas le droit de provoquer des
étincelles. » Puis il renvoya les avocats au garde des Sceaux, André
Marie, qui refusa même de les recevoir. D’autres personnalités furent
contactés, en vain.
En juillet, une
commission d’enquête parlementaire débarquait à l’île d’Yeu, en vue
d’interroger le prisonnier sur les événements de 1939-1945. Nolleau,
l’hôtelier de Port-Joinville, témoigne : « Avant : Ils sont souriants,
sûrs d’eux, presque moqueurs... “ Oui, il aura la même attitude qu’au
procès. Il s’abritera derrière ses erreurs de mémoire. Il la fermera...
” Après : dialogues mesurés, retenus, presque à voix basse. L’un d’eux
laisse échapper : “ Oui, c’était bien l’homme qu’il nous fallait en
quarante ! ” »
L’audition a duré presque deux heures.
« Que pensez-vous de Reynaud ?
– C’est un homme petit en tout.
– Que pensez-vous d’Albert Lebrun ?
– Rien.
– Et Déat ?
– Ce que vous en pensez vous-mêmes, mais en pire.
– Vous aviez toujours dans votre poche une liste toute prête de ministres.. Pourquoi faire ?
– Il y avait tant de monde dans mon antichambre. »
Quand on
l’interrogea sur les conditions de son incarcération, le Maréchal
répondit qu’il n’avait rien à dire : « J’ai pris mon parti de me
soumettre à toutes les obligations. Je ne demande rien, pas
d’assouplissement de ma prison, rien du tout. Si on juge à propos de le
faire, j’accepterai volontiers. J’irai jusqu’au bout, jusqu’à ma mort.
Si je dois finir ma vie dans ce milieu-là, je l’accepte d’avance. »
Les nouvelles
qui, à cette époque, préoccupaient le plus le Maréchal ne concernaient
ni sa libération, ni un quelconque adoucissement de sa condition, mais
la condamnation de ceux auxquels était reproché le “ crime ” de lui
avoir obéi, à lui, légitime chef de l’État français. « Ce n’est pas
croyable ! Il faudrait protester contre tant d’injustice ! »
« Il ne faut pas m’en prêter. »
En avril 1948,
un “ Comité pour la libération du Maréchal ” se constitua sous l’égide
du général Héring et de l’historien Louis Madelin. Mais la République
veillait. Quelques jours plus tard, le préfet de police de Paris fit
savoir qu’étaient interdites « toutes réunions ou manifestations
publiques que tenteraient d’organiser les comités constitués en faveur
de la libération de l’ex-maréchal Pétain et de Charles Maurras ». De
leur côté, les mouvements de gauche se déchaînèrent. Albert Bayet : «
Si Pétain revient au pouvoir, je m’engage à rentrer dans la
clandestinité. » Yves Farge : « Libérer Pétain, c’est désavouer la
Résistance, c’est réhabiliter Hitler. » Paul Claudel : « Le Maréchal
doit prendre sa médecine jusqu’au bout. » Quant au général de Gaulle,
maintenant retiré du pouvoir, son propos était sans équivoque : « Il
est coupable et en raison même de l’importance de ses fonctions, plus
que tout autre, il doit subir le juste châtiment de ses fautes. »
Le Maréchal restait égal à lui-même. Le 23 avril 1948, il écrivit au garde des Sceaux :
« J’ai appris
dans ma cellule la constitution d’un comité qui se propose de demander
ma libération. Je remercie ceux qui ont pris cette initiative, mais,
conscient des services rendus au pays, je n’ai rien demandé et ne
demanderai rien. C’est vers ceux qui m’ont obéi et qui sont emprisonnés
que va d’abord ma pensée. C’est leur liberté qui m’importe et qui
importe à la France. Pour ma part j’ai fait le sacrifice de ma personne
et je ne songe qu’à l’union des Français. »
Le 4 juin
suivant, ses avocats vinrent le visiter. Ils lui annoncèrent qu’ils
allaient à Rome où, avec l’aide de Léon Bérard, ils espéraient obtenir
une audience de Pie XII. Mais, témoigne Isorni, ce qui intéressait à ce
moment le Maréchal était le livre qui venait de paraître, signé de
Louis-Dominique Girard, son ancien chef de cabinet : Montoire, Verdun
diplomatique. « C’est un chef-d’œuvre ! dit le Maréchal. Girard a fait
resurgir toutes mes idées. Le livre est gros, mais aucun mot n’est
inutile. Il faut compter Girard parmi nos amis. »
L’abbé Ponthoreau en témoigne lui aussi :
« Montoire était
sur sa table. J’étais à peine assis qu’il me dit : Il faudra que vous
lisiez ce livre. Et moi de répondre triomphant : – J’y compte bien, je
l’ai reçu ce matin par la poste. – Je vous aurais prêté celui-ci.
– M. le
Maréchal, vous ne m’en voudrez pas, mais je fais une petite enquête sur
votre compte et j’achète tous les livres qui parlent de vous.
– Celui-ci est
particulièrement intéressant. Il explique bien les choses. Ce M. Girard
a parfaitement compris ce que j’ai voulu... En disant ces derniers
mots, la voix du Maréchal se faisait un peu traînante. Il y avait dans
son esprit une réticence, dont il cherchait l’expression exacte. Oui,
il a bien compris et bien dit ce que j’ai voulu faire... mais tout de
même, il ne faudrait pas croire que j’ai toujours eu le temps de penser
à tout ce qu’il raconte !... Il ne faut pas m’en prêter ! »
Quelle humilité
dans ce souci de la vérité ! Et l’abbé Ponthoreau de conclure : « M.
Girard peut se vanter d’avoir apporté au maréchal Pétain le plus grand
réconfort qu’aucun autre ne lui ait apporté dans sa prison. Car après
la lecture de ce livre, le condamné comprit que le jugement de
l’Histoire, auquel il en avait appelé, lui serait favorable. »
Le 11
septembre, Henri Queuille, radical corrézien, était appelé par Vincent
Auriol à la présidence du Conseil. Favorable à la clémence, il reçut le
26 septembre maître Isorni. Ce dernier écrivit ensuite à la Maréchale :
« J’ai trouvé un homme très humain, très compréhensif, entièrement
acquis au principe du transfert au Val-de-Grâce, mais qui n’est retenu
que par l’opportunité politique. Je pense donc que si une certaine
stabilité est assurée, ce que nous souhaitons peut très bien se
réaliser dans les mois qui viennent. » Encore un vœu pieux.
Le 4 novembre,
Simon rentrait de congé en compagnie du lieutenant Ernest Laspougeas du
service cinématographique de l’armée. André Marie, le garde des Sceaux,
avait décidé de tourner un film, pour « prouver que le détenu n’est pas
si malheureux à la citadelle que la Maréchale et ses avocats veulent
bien le laisser croire ». Nous avons pu visionner ce film d’archives.
Tout est agencé pour prouver que « le détenu n’est pas si malheureux...
» Beaucoup de vues sur la mer par exemple, alors que le Maréchal ne la
voyait jamais. Mais le prisonnier se prêta à tout avec sa bonne grâce
coutumière. Après le “ tournage ” du repas, le Maréchal glissa à
l’oreille de Laspougeas : « Revenez plus souvent. L’ordinaire est
amélioré, quand vous êtes ici. »
Le 30 décembre
1948, le Maréchal reçut la visite de mademoiselle Clotilde Madelin,
nièce de l’historien, qui réussit à s’introduire dans la citadelle en
qualité d’inspectrice des locaux pénitentiaires (!). Un courant de
sympathie passa entre la jeune femme et le vieux prisonnier, qui
évoquèrent ensemble le malheur des temps :
« La France, depuis la Libération, Monsieur le Maréchal, ne se relève pas...
– Pour qu’elle
se relève, mon enfant, il faut que chacun, là où il est, sans faire de
grandes choses, fasse seulement son devoir, tout son devoir.
– Mais enfin, Monsieur le Maréchal, il n’y a rien de bien nouveau depuis le départ des Allemands. »
Le prisonnier
alors se leva et, appuyant des deux mains sur la table, ferme, très
droit, il dit : « Et vous croyez que ça n’est rien qu’ils soient partis
? Un temps, puis : Je n’ai plus rien... Ces murs... Et direct : J’ai
encore ça ! Et l’index se tend vers le drapeau qui, en haut de son mât,
flotte dans la cour. »
Le 10 février
1949, Simon reçut l’ordre du gouvernement de se procurer de toute
urgence de quoi meubler « de façon plus confortable » la chambre du
Maréchal. Le président du Conseil, malgré les réticences du garde des
Sceaux, venait de décider l’envoi de trois médecins auprès du Maréchal.
Ceux-ci furent remués jusqu’au fond d’eux-mêmes en voyant le prisonnier
et conclurent à la nécessité de lui faire quitter l’île le plus tôt
possible. Le rapport remonta jusqu’au Conseil des ministres, où il fut
bloqué. Daniel Mayer, Robert Schuman et Christian Pineau s’opposaient
catégoriquement à toute libération. Celle-ci s’avéra pourtant de plus
en plus nécessaire. Le 7 avril, Simon signala que, pour la première
fois, le Maréchal avait perdu la mémoire durant toute une journée et
tenu des propos incohérents. Au Conseil, Jules Moch s’écria : « C’est
un scandale. Je démissionnerai plutôt que d’accepter. » Et les modérés
s’inclinèrent une nouvelle fois devant les enragés.
On décida
simplement de transformer le fort de la Pierre-levée en prison-hôpital.
Un nouveau personnel sanitaire prit la relève. Le Maréchal en fut
traumatisé. En juin, à ses avocats venus le visiter, il confiait en se
frappant le front : « Qu’est-ce qui se passe là. Ah ! là, là, comme mon
pauvre cerveau est fatigué. Tout est vide. Mais cela reviendra,
rassurez-vous. Je voudrais seulement savoir si les griefs qu’on a
contre moi sont déshonorants... Ils ne le sont pas ? Mon honneur est
intact ? [Et, comme ses avocats l’en assuraient...] Quel bien vous me
faites, quelle joie vous m’apportez ! Mon Dieu, je ne pouvais en
espérer tant ! Sortez-moi de là, je vous en prie. Quelquefois, j’ai
l’air de plaisanter. Mais comme tout cela est disgracieux ! Oui,
disgracieux, vraiment. Ah ! sortez-moi de là. Vous ne savez pas ce que
c’est que d’être privé de liberté ! »
S’il offre sa vie en expiation…
Ce n’est pas nous qui lui « en prêtons », c’est son aumônier ordinaire, le chanoine Ponthoreau, qui écrit :
« À la
Citadelle, j’ai trouvé un vieillard purifié et grandi par la
souffrance, qui portait sa peine en esprit d’expiation et qui priait. »
L’évêque de
Luçon, Mgr Cazaux, demanda en juin 1949 aux religieuses des
Sacrés-Cœurs de Mormaison de détacher deux d’entre elles pour venir
tenir compagnie au Maréchal. Elles se relayèrent auprès de lui jusqu’à
sa mort. Leurs témoignages révèlent l’âme profondément religieuse du
Maréchal et donnent sens à ses souffrances.
Sœur Yvonne
Berthomé : « L’une de ses vertus dominantes était la simplicité sans
s’écarter pour cela de sa dignité et du respect des autres. Il était
très simple, il ne vous écrasait pas de sa personnalité. Il ne
cherchait pas à se faire servir ; il s’excusait toujours s’il lui
arrivait une maladresse. Il ne se plaignait jamais, ne critiquait
personne, pas même ceux qui auraient pu adoucir son sort. Tout dans sa
personne témoignait du grand homme qu’il avait été pour la France ; on
sentait un courage et une énergie à vaincre toute épreuve. »
Sœur Jeanne
Challu : « Je n’oublierai jamais ma première visite au Fort, alors que
je voyais le Maréchal pour la première fois. Il m’apparut très grand,
malgré la sobriété, voire le dénuement des deux pièces dont il
disposait. Il était excessivement bon. Un après-midi nous faisions la
promenade habituelle. L’infirmière qui l’accompagnait ayant une
entorse, marchait difficilement ; le Maréchal, s’en étant rendu compte,
demanda simplement de regagner sa chambre.
« Il aimait lire
les passages de l’Imitation de Jésus-Christ (qui lui avait été offerte
par Mgr Rodhain). “ Ce livre, me disait-il, traduit une grande
compréhension de la misère humaine. ” Un dimanche, M. le doyen Bailly
[successeur de l’abbé Ponthoreau], célébrait la messe dans la pièce
attenante à la chambre du Maréchal. Au moment de la consécration, il se
penche vers l’infirmière et lui dit : “ La Première Victime. ”
« Le Maréchal
relisait très souvent ses discours, sans lunettes malgré ses 95 ans.
Parfois, la lecture se faisait à haute voix. Je croyais alors
l’entendre à la radio. »
Sœur Alice
Raynaud : « Je lui faisais réciter le Notre Père, quelques Ave Maria,
il aimait prier. Malgré son absence de mémoire, il aimait nous parler
de sa famille de Cauchy-à-la-Tour, de ses années d’études à Saint-Cyr,
et lorsqu’il parlait de son oncle prêtre, c’était toujours avec grande
vénération. Le Maréchal aimait chanter, et il chantait bien, il
conservait un peu de fierté de sa jolie voix ; c’était un plaisir pour
moi de l’entendre...
Sœur Alexandre
du Sauveur : « Le rôle de la religieuse était d’abord et surtout la
note de piété, ce qui ne déplaisait pas au prisonnier. Je puis rendre
ce bon témoignage du grand soldat, qu’il était toujours prêt quand je
lui demandais de prier le Seigneur ensemble ; j’ajoute que quand il se
fâchait tout rouge, je n’avais qu’à lui dire : “ Nous allons réciter un
Notre Père et un Je vous salue Marie ”, aussitôt il se calmait.
« Un jour qu’il
était bien fâché, il me dit avec des yeux terribles : “ Votre costume,
ma Sœur, est proscrit. ” Je me mis à sourire et lui dis : “ Mais,
Monsieur le Maréchal, vous oubliez que c’est grâce à vous si nous
l’avons repris. ” Aussitôt il se radoucit et me dit : “ C’est vrai. ”
Et je le remerciais chaleureusement. »
« Ma Sœur,
confia-t-il un jour, pourquoi suis-je en prison ? C’est pénible d’être
enfermé ici. J’ai souffert le martyre moralement ; encore, si je savais
en sortir ? Mais peut-être mourrai-je ici ; c’est dur, c’est pénible.
Enfin j’ai tout offert au bon Dieu, j’espère qu’Il me recevra. Priez
bien pour moi, ma Sœur. »
« Ma Sœur, pourquoi êtes-vous toute la journée près de moi ?
– Pour vous rendre les services dont vous avez besoin et adoucir votre sort, Monsieur le Maréchal.
– C’est vrai que
j’aime beaucoup les religieuses, c’est pourquoi l’on m’en a donné.
J’aime beaucoup savoir que l’on prie pour moi. Quand je sais qu’un
ordre vient de Dieu, je ne demande jamais pourquoi, je l’accepte, tout
simplement.
« Quelqu’un lui
posa cette question : “ Monsieur le Maréchal, quelles sont les
principales qualités que doit avoir un homme en charge du pouvoir ? ”
On lui énuméra plusieurs de ces qualités : une grande expérience, il
faut qu’il soit documenté, etc. Et lui de répondre :
– Oui, tout cela
est bien, il lui faut toutes ces qualités, mais vous oubliez la
principale : il faut surtout de l’honnêteté, oui, beaucoup d’honnêteté.
C’est difficile de gouverner un peuple quand les gens ne travaillent
que pour eux, pour leurs intérêts personnels. ” »
Dans une casemate de la cour
Le 16 septembre
1949, quand ses avocats vinrent le visiter, le Maréchal ne les reconnut
pas. « Nous le vîmes venant vers nous, raconte Isorni. Il s’avançait
avec peine, essoufflé, au bras d’une infirmière et d’une religieuse. Le
visage était livide, les poignets décharnés. » Le nouveau directeur,
Charles Boulay, était plus arrangeant sur le règlement, peut-être à
cause de l’état physique du Maréchal qui s’aggravait notablement.
Mais là-haut, à
Paris, le gouvernement n’en démordait pas. En novembre 1949, Bidault
étant de nouveau président du Conseil, Jules Moch et René Mayer
signaient, le 5 novembre, une note interministérielle confidentielle
contenant les dispositions relatives au décès et aux obsèques du
Maréchal. Parmi les points traités, ceux-ci, particulièrement odieux :
« Le bulletin de décès comportera le jour et l’heure de la mort, toutes
les mentions de l’état civil, mais aucune indication de profession, ni
la mention “ sans profession ”. – Interdiction à quiconque de prendre
un masque mortuaire ou de faire une photographie. – Le corps sera
enterré à l’intérieur de la citadelle, revêtu d’un costume civil. – Ne
seront admis à l’enterrement et à la messe, célébrée à l’intérieur du
fort, que la famille et les défenseurs. – La garde ne devra pas rendre
les honneurs, le condamné n’étant plus maréchal de France. »
La fin de
l’année fut mauvaise pour le Maréchal : amnésie, incontinence,
insuffisance cardiaque... Tout laissait croire à une fin prochaine.
Mais non ! avec la nouvelle année, la santé revint. On fit tout de même
venir du continent un cercueil qui fut entreposé dans la casemate
mitoyenne à celle du Maréchal. Car, en juin 1950, le prisonnier, ne
pouvant plus descendre de sa cellule, le garde des Sceaux ordonna
l’aménagement d’une casemate donnant sur la cour.
L’hiver
1950-1951 fut interminable et, le 7 avril, le Maréchal était frappé
d’une double congestion pulmonaire. Le malade, conscient de la gravité
de son état, récita l’Ave Maria et, par deux fois, alors qu’il était
secoué par un violent hoquet, il soupira : « Pauvre Philippe ! » L’abbé
Bailly accourut. Quand le regard du Maréchal rencontra celui du prêtre,
il comprit et demanda à se confesser.
« Monsieur le
Maréchal, lui dit l’abbé Bailly après lui avoir donné l’absolution,
vous avez fait à la France le don de votre personne. Consentez-vous à
lui offrir votre martyre en sacrifice ? – Oui, je le veux. Je le veux
bien. » Et le Maréchal baisa la main du prêtre.
Le curé écrivit
à son évêque : « Le Maréchal se prépare à mourir en vrai chrétien et en
vrai Français. Il est admirable de résignation et de courage. Quelle
sérénité et quelle paix sur son visage ! »
Le 21 avril,
alors que le Maréchal avait pleine connaissance, l’abbé Bailly lui
administra les derniers sacrements. À la fin, le prisonnier demanda : «
Maintenant, dois-je faire ma prière ? »
Le même jour, on
apprenait que Henri Queuille, président du Conseil, avait abrogé une
partie des dispositions prises par Moch et Mayer. Le Maréchal pourrait
être revêtu de son uniforme sur son lit de mort et la Maréchale serait
autorisée à l’enterrer dans le cimetière de l’île à condition de
prendre l’engagement de l’y laisser définitivement !
Du monde entier,
des suppliques affluaient, demandant la grâce du prisonnier. Les plus
zélés étaient les Canadiens. Un comité placé sous le patronage de
Maisonneuve s’était constitué à Montréal, regroupant des milliers de
braves gens que la condamnation du Maréchal avait révoltés. En ce mois
d’avril, ce comité demanda la faveur de recevoir quelques cheveux du
prisonnier. Ce fut l’occasion d’un petit complot entre la Maréchale,
l’infirmière et... le directeur du fort qui, apprenant le larcin,
demanda une mèche aussi pour lui ! Quand le Maréchal l’apprit, il dit à
l’intention de ses chers Canadiens : « Qu’ils gardent mes cheveux,
puisque je garde leur cœur. » Les membres du Comité placèrent les
cheveux dans un reliquaire fixé à une lampe de sanctuaire, avec
promesse que celle-ci brûlerait en la cathédrale de Montréal jusqu’à
complète réhabilitation du Maréchal. Brûle-t-elle toujours ?
De son côté, à
Paris, Auriol était décidé à accorder une grâce médicale au Maréchal,
mais la décision ne serait rendue publique qu’après les élections. Le 8
juin, la grâce médicale fut accordée, mais elle ne devint effective
qu’au soir des élections, le 17 juin.
Le 29 juin, le
Maréchal fut transféré tôt matin du fort au village de Port-Joinville
dans la maison de Paul Luco, baptisée “ annexe provisoire de l’hôpital
Broussais ” de Nantes. Apercevant une branche d’arbre qui se balançait
dans le ciel, le Maréchal s’exclama : « Enfin, des arbres ! » Le
lendemain matin, raconte mademoiselle Combaluzier, « à 6 h, quand les
cloches de l’Angélus se mirent à tinter, toutes fraîches, toutes
pimpantes dans l’air limpide du matin, le Maréchal ouvrit les yeux, une
expression heureuse sur le visage. Et sa voix s’éleva :
« Ah ! des cloches !
« Je m’avançais vers lui.
– Oui, des cloches, cela fait plaisir, n’est-ce-pas, monsieur le Maréchal ?
– Oh ! oui, comme c’est agréable !
« Et il se rendormit paisiblement. »
Mais la fièvre
reprit, et bientôt le Maréchal sombra dans le coma. Il ne cessait de
répéter : « France, Drapeau... » puis à d’autres moments : « On crie
dans les boyaux ! » Il s’éteignit le 23 juillet, l’esprit rempli de ces
souvenirs de Verdun. « Vers 8 heures, raconte l’infirmière, le regard
du mourant devint très fixe, les bruits du cœur imperceptibles. À 9 h
15, je fus alertée par un changement de rythme de sa respiration.
Vivement je tâtai le pouls : il était incomptable. Je tenais la main du
Maréchal dans la mienne. Le médecin s’apprêtait à s’éloigner pour aller
faire part de ses craintes à la Maréchale : “ Capitaine, fis-je, je
crois que c’est fini. ” Il était 9 heures 22. Sa main dans la mienne,
Philippe Pétain, maréchal de France, avait fini de vivre son dernier
combat. »
« Mort, il parle encore. »
Le gouvernement
fit aussitôt bloquer les lignes téléphoniques de l’île, qui devaient
rester pendant une heure à la seule disposition de l’Administration.
Mais une chose extraordinaire déjoua tous les plans des autorités : un
frémissement se mit à agiter tout le port. Les marins couraient sur le
quai, montaient à bord de leurs bateaux et appareillaient en hâte, on
voyait tous ces thoniers, chalutiers et autres barques s’éloigner sur
la mer. Ils se dirigeaient vers les bateaux déjà au large, les
attaquaient avec leur phonie à faible portée ou même à la voix : “ Le
Maréchal est mort ! ” La nouvelle se répandit ainsi d’un bateau à
l’autre dans le golfe de Gascogne et en Manche, tout au long de la côte
Atlantique, et les grands navires, à qui elle parvenait, la
répercutaient à leur tour avec leur radio. La nouvelle franchissait
l’Atlantique, atteignait le Pacifique, l’océan Indien, les stations
étrangères la captaient, interrompant leurs émissions pour annoncer : “
Le maréchal Pétain est mort ! ” Les lignes téléphoniques de l’île d’Yeu
étaient encore bloquées que la nouvelle avait fait le tour du monde.
Lorsque la
nouvelle parvint à Paris, une foule silencieuse, recueillie, se succéda
toute la journée d’une manière ininterrompue devant la tombe du Soldat
inconnu, sous l’Arc de triomphe. La nuit venue, des milliers de
bouquets de fleurs déposés là depuis le matin formaient une croix
gigantesque, là même où le vainqueur de Verdun, généralissime des
armées françaises, était passé sur son cheval blanc, le jour du défilé
de la Victoire, trente deux ans plus tôt. Veillée d’honneur, hommage
silencieux du pays réel, en dépit de toutes les interdictions du pays
légal.
Pendant ce
temps, à l’île d’Yeu, la veillée funèbre commençait. Le Maréchal fut
revêtu de son uniforme, portant pour seule décoration sa médaille
militaire. La religieuse lui mit dans les mains son chapelet, cadeau du
carmel de Lisieux. Mais, les anciens combattants accourus de Vendée, de
Bretagne, n’eurent pas le droit d’entrer et de se recueillir auprès de
leur chef. On les vit alors se masser dans l’étroite rue devant la
maison fermée et, ensemble, réciter le chapelet. Après chaque dizaine,
l’invocation était reprise : « Saints et saintes de France, priez pour
notre vieux Chef ! » Après la dernière invocation, on entendit une voix
isolée :
« Monsieur le Maréchal, pardonnez à la France ! »
Les obsèques
eurent lieu le 25. Malgré les difficultés de toutes sortes élevées par
les autorités publiques, une foule d’environ sept mille personnes
s’était massée aux abords de l’église. Le général Weygand, en uniforme,
mena le deuil. Vers 11 h 30, le cercueil, recouvert du drapeau
tricolore, porté par huit hommes, six anciens combattants et deux
prisonniers de guerre, quittait la villa pour Notre-Dame de Bon-Port.
Le chanoine Potevin officia en présence de Mgr Chappoulie et de Mgr
Cazaux. Ce dernier prononça l’oraison funèbre.
Quelques
jours plus tard, l’évêque de Luçon recevait cette lettre d’un jeune
eudiste, le Père Joseph Hamon : « Permettez à un simple prêtre français
de vous exprimer sa profonde joie, sa fierté, son admiration, à
l’occasion de la part que vous avez prise aux obsèques du maréchal
Pétain et des paroles que vous avez prononcées en cette circonstance
grave et solennelle. Ainsi donc, le monde entier saura qu’il y a encore
tout de même des évêques en France qui savent prendre parti
courageusement pour la vérité, pour l’honneur, pour la justice. »
Tout est fini… et tout commence
Le maréchal
Pétain repose dans le petit cimetière de l’île d’Yeu, entouré de pins
et de cyprès, sous une tombe blanche, marquée de ses sept étoiles d’or
et surmontée de la croix blanche des cimetières militaires. « Tout est
fini... et tout commence. » C’est sous ce titre que l’abbé de Nantes,
sous la signature d’Amicus, écrivait un article, le 30 juillet 1951,
dans le journal royaliste Aspects de la France :
« Quand le
bourreau eut achevé sa tâche et versé du tombereau les cendres de la
Pucelle dans les eaux du fleuve, on put croire que tout était fini.
C’était en réalité le commencement de tout et, perdus les restes de la
fragile enfant, le grand Signe divin rayonnait sur toute la France et
rassemblait les cœurs pour la victoire [...]. Il nous suffit de penser
à cette casemate, il nous suffisait hier encore d’évoquer le prisonnier
isolé de tout, démuni, pour retrouver le sens de la légitimité,
l’application au bien commun, l’amour de la nation. Aujourd’hui, la
légitimité, plus forte que tout, se présente au peuple qui l’oubliait,
sous des traits si beaux, dans des vies si honnêtes, héroïques même,
qu’il lui faut oublier les intérêts particuliers, mépriser les partis
qui prétendaient les faire valoir : le peuple a soif d’un prince
légitime, il veut se sauver ainsi de sa honte. Et l’Église, attentive à
tout ce qui élève l’homme au-dessus de lui-même, salue comme les
dépositaires de l’Autorité divine, comme les envoyés d’En-Haut, des
hommes en qui, un moment et pour des siècles, dans la mémoire des
peuples, s’est incarné le Bien d’une nation. »
Du maréchal
Pétain, on peut dire ce que notre Père écrivait un jour du petit roi
Louis XVII : qu’il a expié, qu’il a payé en sa personne les péchés de
son peuple. Seulement, pour que celui-ci soit sauvé, il faut qu’il le
veuille, qu’il se tourne avec vénération et reconnaissance vers son
sauveur, en abhorrant les folles idées et les actes impies qui ont
causé sa mort et son déshonneur. Plus que le retour des cendres du
Maréchal à Douaumont, c’est cela, demain, qui sera le signe de la
résurrection de notre Patrie.
Frère Thomas.
Source:
http://www.generalhering.org/index.php/La-defense-du-Marechal-Petain/LE-PROCES-PETAIN-Frere-THOMAS.html
(as of April 16, 2011)
cf. Website général Héring
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